Le harcèlement scolaire est devenu très visible récemment. De récentes études ont montré que plus d’un enfant sur dix souffre de harcèlement scolaire. Il peut revêtir plusieurs formes: vol de goûter, coups, violences sexuelles ou moqueries, il existe de nombreuses manières de faire souffrir un camarade. Bien souvent l’enfant n’ose pas en parler, il a peur des représailles ou il a honte d’être une victime. En tant que parents, vous pouvez vous sentir démunis et impuissants, d’autant que la plupart des violences ont lieu dans l’enceinte de l’école.

Détecter le harcèlement

Détecter des signes d’un harcèlement chez votre enfant est très difficile. Les effets et les conséquences peuvent être diverses et les symptômes pas toujours clairement identifiables. Il existe différents types de harcèlements. Parmi les 10 % d’élèves qui se déclarent victime de harcèlement scolaire, plus de la moitié estiment que ce sont des cas sévères. Les autres sont plus légers mais peuvent empirer avec le temps. C’est pourquoi il est nécessaire d’être vigilant à tout moment pour détecter la moindre anomalie. Chaque enfant réagit différemment aux événements, mais les psychologues telles que Hélène Romano ont identifié 4 classes de conséquences.

Conséquences physiques

Beaucoup d’élèves qui sont victimes de harcèlement somatisent le traumatisme de manière physique. Ils peuvent ressentir des migraines, des maux de ventre, voire des vomissements. Ces symptômes se déclarent en général avant d’aller en cours. Avant de laisser votre enfant partir, regardez-le attentivement. Si à la question « es-tu content.e d’aller à l’école aujourd’hui », il répond de manière évasive, ne lui demandez rien de plus mais augmentez votre vigilance.

Le corps a tendance à exprimer ce que l’enfant n’arrive pas à dire. Il faut comprendre aussi que les victimes de harcèlement ont tendance à ne rien dire par peur de représailles ou pas simple mécanisme de groupe. Ils peuvent tolérer une situation intolérable juste pour être sûrs de se sentir inclus.

Si votre enfant revient avec des griffures, des hématomes ou des traces de combats, soyez indulgent et essayez de ne pas le harceler de questions. Attendez le moment propice, allez le voir dans sa chambre et demandez-lui ce qui lui est arrivé. Ne faites jamais de supposition et acceptez toujours sa version. Les enfants victimes de harcèlement ont souvent des problèmes de confiance en eux par la suite qui ne doivent pas être exacerbés par le parent.

Conséquences matérielles

Votre enfant peut revenir avec des habits sales, un sac mouillé ou déchiré, des affaires qui manquent. Si c’est le cas, essayez de ne pas le gronder et de se rappeler que tout cela peut être une conséquence d’un harcèlement. Demandez-lui plutôt ce qui est arrivé en lui répétant que ce n’est pas grave pour vous. Il y a de fortes chances pour qu’il ne vous dise pas la vérité tout de suite, mais ce n’est pas important. Faites-lui confiance et laissez un peu de temps.

Si la récurrence des dommages matériels est certifiée, vous pouvez alors commencer à l’interroger en le mettant en confiance. Une bonne stratégie peut être de regarder une émission sur le harcèlement scolaire ou de raconter une anecdote, qu’elle soit de votre propre passé ou de celui d’un proche. Guettez les réactions et ouvrez une discussion où vous vous mettez à l’écoute de votre enfant. Évitez les jugements qui le mettront mal à l’aise.

Conséquences familiales

Il est commun qu’une personne victime de harcèlement dans un groupe répète les mêmes comportements sur d’autres personnes. Ainsi, si vous remarquez que votre enfant martyrise particulièrement son frère ou sa sœur, interrogez-vous. Est-ce que cela a toujours été le cas, depuis quand est-il comme ça ? Que pouvez-vous en déduire ?

Dans la famille, il est commun aussi de voir les victimes se mettre en retrait, participer de moins en moins à la vie familiale, de se murer dans le silence en répétant “ça va, ça va” voire, en s’énervant et en montrant des comportements agressifs. Accueillez ces symptômes qui sont issus du sentiment de honte que ressent la victime. Essayez de favoriser un environnement sain et aimant pour l’inviter à reprendre le lien avec vous.

Conséquences psychologiques

Ce sont les conséquences les moins visibles et pourtant les plus dévastatrices. De nombreux troubles du comportement peuvent survenir à la suite des harcèlements scolaires. Certaines victimes se murent dans le silence et deviennent timides du jour au lendemain, d’autres montrent une agressivité nouvelle, d’autres encore vont souffrir de troubles du sommeil, d’insomnie ou d’épisodes récurrents de cauchemars.

Les signes d’anxiété sont à observer. Comment se sent-il au quotidien? Il peut soudainement avoir peur de sortir, mettre plus de temps pour se lever le matin. L’un des symptômes les plus récurrents est la dépression qui peut parfois aller jusqu’à la tentative de suicide. En effet, en tant que victime, on a parfois qu’une seule envie : disparaître de la surface de la terre.

Les symptômes peuvent être très légers, surtout au départ. Vous connaissez votre enfant mieux que quiconque, mais la période de l’adolescence est une période perturbante où beaucoup de changements ont lieu. Soyez attentif à son évolution et si vous notez des changements de comportements soudain, interrogez-vous.

Comment aborder le sujet

L’enfant victime de harcèlement sera généralement habité par la honte et la peur, deux sentiments qui peuvent prendre toute la place et bloquer toute communication. La pédopsychiatre Nicole Catheline conseille de ne jamais aborder le harcèlement de manière frontale. L’enfant pourrait se braquer et nier tout par peur de représailles ou juste par honte. La position de victime n’est que rarement agréable à vivre. Certains enfants peuvent également avoir peur de se faire gronder par leur parent, surtout s’ils ont grandi avec un modèle fort qui leur a répété qu’il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds, que le monde n’est pas fait pour les faibles, etc.

Confiance et discrétion

Ainsi, avant d’en parler avec votre enfant, assurez-vous qu’il est disponible pour discuter. Attendez qu’il rentre, et proposez-lui de parler un peu plus tard, dans sa chambre ou en se baladant. Ne le faites pas à deux, sauf si votre enfant est entièrement à l’aise avec les deux parents. Laissez les frères et sœurs en dehors de ça, ils pourraient se moquer ou se comparer en disant « moi j’aurais fait ça ».

Utilisez des questions indirectes, demandez-lui comment ça se passe à l’école, s’il a des ami.e.s, s’il s’y sent bien. Si vous sentez de l’hésitation dans sa voie, rassurez-le et expliquez-lui que vous avez envie de l’aider à se sentir bien, qu’il peut vous faire confiance. Demandez-lui s’il veut en parler avec vous ou s’il préfère voir un spécialiste.

Aide extérieure

C’est souvent bienvenu de demander à une personne tierce de dialoguer avec l’enfant. C’est une personne compétente qui saura trouver les mots pour le mettre en confiance. Certains enfants préféreront parler à un inconnu plutôt qu’à leur proche pour contourner la peur de se sentir jugé ou moquer.

Si vous ne voulez pas voir de psychologue, vous pouvez vous renseigner sur le site que le gouvernement a mis en place pour répondre aux questions. Il y a aussi un numéro de téléphone dédié. Depuis quelques années, le harcèlement scolaire est davantage pris au sérieux et vous n’êtes pas seul.

Comment faire face au harcèlement

La première règle : ne pas suivre son instinct ! En effet, le réflexe de nombreux parents peut être d’aller voir les enfants qui harcèlent ou les parents. Mais attention, ce genre de réactions peut avoir des effets néfastes pour votre enfant. En effet, le harceleur peut punir votre enfant d’être allé tout dire à ses parents.

Les parents de l’enfant peuvent aussi mal le prendre. La plupart ne pourront pas l’accepter et ce sera votre parole contre la leur. Si vous les connaissez, vous pouvez envisager de leur parler en leur demandant s’ils ont noté quelque chose de différent de leur côté. N’accusez par leur enfant, car votre enfant est peut-être également en cause. Le harcèlement signifie qu’une personne abuse d’une autre, mais les conflits entre élèves existent aussi et c’est une situation différente.

Le personnel de l’établissement

Le premier réflexe est de parler à votre enfant, de le mettre en confiance et d’obtenir le plus d’informations possible. Il faut également s’assurer qu’il est réellement victime de harcèlement et qu’il n’est pas en train de se quereller avec un camarade. Ensuite, vous devez aller voir un membre du personnel de l’établissement en question. Les infirmières, les CPE, la direction ou même un professeur. Transmettez l’info et ils feront le reste. Ils en parleront ensemble et mettront eux-mêmes en place une vigilance accrue. Certains professeurs se douteront peut-être déjà de certaines choses et pourront intervenir tout de suite.

Si votre enfant a peur de retourner à l’école, le directeur pourra l’excuser et mettre en place des cours aménagés pour lui. Le bien-être de l’enfant doit être primordial pour toute l’équipe enseignante.

La cellule gouvernementale

Comme expliqué plus haut, n’hésitez pas à vous rapprocher des dispositifs d’aide contre le harcèlement en place. Vous pouvez également avoir besoin d’un soutien psychologique. Il est important de ne pas négliger l’impact du harcèlement scolaire sur votre enfant. Certains adolescents vont jusqu’au suicide sans avoir dit un seul mot à leurs proches. Ce n’est qu’un faible pourcentage et la plupart de ces suicides peuvent être évités lorsqu’on décèle les signes avant-coureurs d’un mal-être.

Des gestes quotidiens

Pour éviter le harcèlement, le mieux est de préparer votre enfant à cette éventualité. Attention, ne lui faites pas peur ! Vous pouvez regarder ensemble des émissions sur le sujet et vous renseigner sur les démarches à suivre. L’important est qu’il soit au courant de ce qui peut se passer et qu’il ait les bons réflexes.

Détecter le harcèlement au tout début

L’enfant peut apprendre à déceler lui aussi les signes avant-coureurs d’un harcèlement. s’il se sent mal à l’aise avec une personne, s’il est suivi sur le chemin de l’école, si ses affaires disparaissent mystérieusement. Il est préférable qu’il en parle immédiatement, à vous ou à un conseiller pédagogique.

Agir tout de suite

S’il est déjà victime de harcèlement et qu’il a appris à l’identifier comme quelque chose de pas normal, ça l’aidera à vous en parler et à demander de l’aide. Vous pouvez tout de suite lui proposer de voir une psychologue pour qu’il parle de ses problèmes. Il faut savoir que ça ne peut pas faire de mal, l’adolescence est une période compliquée et avoir une oreille neutre à qui se confier est toujours souhaitable.

Confiance en soi

Pour faire face au harcèlement, la meilleure méthode est la prévention. Aidez votre enfant à se sentir bien dans sa peau, passez du temps avec lui, proposez-lui des activités extrascolaires qui favorisent son développement et son épanouissement. Soyez à l’écoute et favorisez l’échange entre vous. Ainsi, il se sentira à l’aise pour vous raconter ce qui lui arrive et pour poser ses limites.

Le mot de la fin : le consentement

Le consentement prend enfin la place qu’il mérite dans la société, notamment grâce aux engagements féministes, mais il n’est pas encore pleinement établi. Il est aussi très présent lorsqu’on parle de harcèlement scolaire. Vous pouvez vous former et accompagner votre enfant pour qu’il comprenne le consentement et le mette en pratique dans sa vie quotidienne. Ainsi, il apprend à dire non, à poser ses limites face aux autres. Il apprend aussi à respecter le non des autres et à ne pas se mettre dans une situation où c’est lui harcèle une autre personne. Car tous les enfants peuvent tour à tour devenir victime ou bourreau, le harcèlement n’est pas quelque chose qui ne concerne que les « mauvaises graines » ! C’est un symptôme d’un mal-être qui ressort dans l’agressivité et le besoin de contrôler une autre personne. Il y a aussi le harcèlement de tout un groupe dans lequel votre enfant peut avoir trouvé sa place. C’est pour cela qu’il est important de ne pas accuser qui que ce soit, mais plutôt de faire en sorte que tous les enfants se sentent bien.

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